samedi 26 novembre 2016

L'Iran, tout simplement.


Parlons peu, parlons bien.
...
Non je déconne, parler peu je ne sais pas faire. Alors parlons de stéréotype, prenez tous les vôtres au sujet de l'Iran, de l'insécurité prétendue, du fanatisme religieux de la population, et mettez-les à la poubelle. C'est fait ? Alors on va pouvoir commencer à papoter 'tranquillou'.

Accrochez vos ceintures, et c'est parti. Bienvenu dans une terre d’accueil, d'ouverture d'esprit et de solidarité chaleureuse, aux paysages grandioses et à la riche histoire. Un peuple sur lequel les contraintes pleuvent de toute part, internes bien sûr avec les rouages de la charia, d'un internet censuré, d'obligations religieuses diverses et variées, d'une crainte parfois palpable de la délation. Mais aussi externes, avec -rappelons-le, un blocus américain et européen sur le pays, qui plonge les habitants dans une enclave du monde où seuls des produits chinois de basse qualité traversent les frontières, et dont le système bancaire est complètement COUPE du monde ! Il est donc impossible de tirer de l'argent sur place, et d'obtenir la moindre devise étrangère. Touristes, emportez suffisamment de cash ! En résulte, une économie morose, qui couplée à la culpabilisation/répression gouvernementale perpétuelle (orchestrée d'une main de maître), rend les Iraniens très pessimistes, voir carrément fatalistes sur l'avenir de l'Iran, mais surtout sur le leur.

Un peuple profondément triste. Mais n'en déduisez pas que l'ambiance est mauvaise et les rencontres froides. Il n'y a rien de plus chaleureux et riche que de partager un moment, quel qu’il soit avec les Iraniens. Pour preuve, l'activité n°1 à faire dans le pays, d'après notre "Lonely planet" (guide), c'est de rencontrer les Iraniens et de dire "oui", de passer outre nos occidentales appréhensions sur l'hospitalité spontanée et d'accepter les invitations ! Et de toutes façons, sauf à vous réfugier dans une grotte au fond d'une montagne à la frontière Azerbaïdjanaise, vous n'aurez pas le choix.

Mais il me tarde de reprendre le récit sans prétention (enfin j'espère, car il parait que je suis un peu partial sur le sujet de notre aventure).

Après que la frontière nous aie était ouverte en exclusivité, avant que ses lourds portails barbelés ne soient claqués sur le nez des locaux qui tentaient vainement de rentrer chez eux (authentique!), après avoir partagé le thé avec les douaniers, et après les pléiades de "welcome to Iran !", nous y voilà !

Plus le choix, c'est non sans un peu d'appréhension que nous gagnons ce nouveau drapeau tant attendu !

Mais pas le temps de se reposer sur ses lauriers, (même si César n'a jamais réussi à mettre les pieds ici, alors pas Véni,Vidi et encore moins Vici) nous devons rejoindre notre contact local à Urmia avant midi. Et comme il est treize heures on doit s'activer pour trouver parmi les 1 200 000 habitants de la ville notre ami Hossein Sheyklou qui nous a aidé à passer la frontière.



Sans GPS, pas facile, sans même un téléphone encore pire ! Mais on est en Iran, alors ça le fait.

On pense être approximativement dans la bonne zone, quand un kurde Iranien nous propose spontanément de l'aide. Il ne parle pas anglais, ce n'est pas grave, un coup de fil et trois minutes plus tard une jolie voie suave nous guide dans les affres de la langue Shakespearienne chez notre ami.

Et pour les motards que le trajet pourrait intéresser, l'adresse n'étant pas facile à dénicher pour obtenir une lettre d'invitation, avec une référence number valide pour passer la frontière en moto, voici son site internet : Overland to Iran.



Hossein nous trouvera une carte sim, du change à un bon taux, un lonely planet du coin, et une carte en anglais du pays (que nous réussirons à perdre en quarante huit heures chrono). Et nous voilà donc millionnaires grâce à la sur-inflation exponentielle du pays ! Et vingt fois plutôt qu'une les amis, même si ce n'est jamais que six cent dollars une fois reconvertis.
Et à cinq euros le plein, c'est pas l'essence qui va nous ruiner (en Turquie on était plutôt sur trente euros le plein, ça change !).


On fuit la grande ville à travers les déserts de l'Ouest,





Et nous passons une excellente première nuit au milieu d'une plantation.
Comment ne pas savourer son café matinal dans de telles conditions ?


Sur les conseils d'un turc rencontré deux semaines plus tôt, on fonce à Kandovan, cité troglodyte similaire à la Cappadoce, poussés par la curiosité et la comparaison avec le cœur rouge de la Turquie.

Comme toujours depuis le territoire Ottoman, en tant que motard/touriste on ne paye  ni l'entrée ni le parking. Et c'est toujours un bon démarrage ! La cité se révèle plus compacte que sa cousine turque, mais le principe est le même à une exception près... Ici les troglos sont à 100% utilisés par la population locale ! Vous vous baladez donc dans un véritable petit village, dont l'essentiel des revenus provient du tourisme et de la vente de leurs affreux (question de goûts certes) pulls en laine tricoté.


Des peaux sont étendues par ci par là, parfois vous aurez même la possibilité d'assister à la séquence de tonte.


La ville se visite sans consigne particulière, et en faire le tour n'est de toute façon pas très long.


  

Parfois le plus spectaculaire c'est tout simplement de se retourner pour admirer, depuis le toit en tôle d'un troglo, la vue environnante. 


Malgré l'important tourisme local, Kandovan ne manque pas de charme.

Chaque maison abrite un véritable comptoir commercial, sorte de mini bazar, où nous dénicherons jusqu'aux chaussettes en laine de chameau ! Odeur d'origine garantie...


A l'angle d'une rue, on découvre avec stupeur les restes de la barbe de Panoramix.


Une chose est sûre, ici on est loin du stress de la ville... Carpe diem !



On se retrouve sans trop le savoir au milieu d'une réunion familiale dans un "bar à yaourt". En Iran, on se délecte d'une sorte de yaourt salé dilué à l'eau, impossible d'y échapper.


Et les premières séries de photo commencent, on comprend vite qu'ici aussi, nous serons l'une des grosses attractions avec notre vieille mémé pétaradante, nos vestes en cuir et nos casques à la main.


Et même ici, on a fini par peindre les deux célèbres trombines sur un bout de mur.


Mais alors que l'appel du ventre nous fait traverser le lit d'une rivière pour chercher pitance à notre convenance (je n'ai pas trouvé plus lourd) nous sommes interpellés dans une langue qui nous est familière : "Et c'est vous les deux gardois à moto ?" mais si bien sûr, c'est l'accent de Toulouse ça ! Et voilà deux compères qui redescendent en stop depuis la Thaïlande jusqu'en France !


Nous trouvons rapidement un plat ultra classique à dévorer, une brochette de kebab et du riz


Mais attention ici la viande est tout simplement délicieuse ! Préparées avec des épices, de l'oignon et à peu près tout ce qui peut exister, les différentes viandes sont toujours onctueuses et goûteuses.

La demie journée étant bien entamée, nous décidons de repartir en direction de Tabriz, notamment pour résoudre quelques déboires avec notre carte sim iranienne.



On rentre dans un "Irancell" pour résoudre le problème, et vraisemblablement notre interlocuteur, qui ne parle pas anglais, ne semble pas suprêmement intéressé par nos déboires téléphoniques. C'est alors que Naveed, un client du magasin, intervient. Il traduit nos problèmes, et nous emmène successivement dans une paire de magasins pour chercher la panne. En vain, le problème vient bien de Irancell,  ils ont oublié d'activer la ligne..
Et voilà ! On échange notre téléphone avec notre nouvel ami Tabriote (j'ai comme un gros doute sur ce mot là :) ), nous écartons une foule de badauds qui nous harcèle pour se prendre en photo avec la moto, et alors que le soleil se couche nous pouvons enfin reprendre la route. A peine le temps de faire un plein à la sortie de la ville, qu'on reçoit un coup de fil de Naveed. "S'il vous plait, venez à la maison, je vous invite pour le repas et la nuit, ma famille veut à tout prix vous rencontrer." On refuse poliment une paire de fois, avant de céder en se remémorant qu'on doit "apprendre à dire oui". Et après avoir suivi notre ami dans sa Logan (ici siglé "Renault"), on se retrouve au beau milieu d'un immense salon surchauffé, où l'on ne le sait pas encore mais nous y sommes très attendus.

Car nous remarquerons ce petit rituel par la suite mais voilà comment se passent systématiquement les invitations :

- Acceptation de l'invitation.
- Notre hôte passe un premier coup de téléphone, à un frère, un cousin, bref un compère qui connait potentiellement quelqu'un qui parle anglais.
- On arrive dans la maison.
- Débarquent les premiers à être au courant de notre arrivée par le premier coup de fil, famille la plus proche, voisins.
- Ensuite les nouveaux arrivant passent à leur tour des coups de téléphone, et arrivent tour à tour encore de nouveaux arrivants...

La pièce peut commencer !

Nous voilà assis au milieu du salon, sous les regards curieux et amusés. Les premières questions de surface défilent, les premiers plateaux de fruits aussi.

Une fois fait le tour des "where are you come from" "welcome to Iran, and to Tabriz" on finit par se parler comme de vieux frères, sous le regard d'une vingtaine de personnes, qui ont parfois la chance de se faire traduire nos réponses par l'interlocuteur anglophone. Et on nous inonde de plats, on nous remercie d'avoir accepté l'invitation, car ici à cause du "Taruf" (on y reviendra plus tard) personne n'accepte jamais de peur que ce soit hypocrite.



Et tant qu'on ne craque pas sous l'assaut d'une de leur crainte majeur "You're tired ?? Go to sleep?" personne ne bouge, et enfin à une heure du matin quand on craque et qu'on fini par aller se coucher après des heures d'éclats de rire, d'émotions et d'un début de compréhension du fonctionnement du pays, alors enfin tout le monde rentre chez soi.  Non sans nous faire promettre de rester pour le déjeuner chez les parents, et pour le repas chez le frère.

Une coupure d'électricité bloquera la moto dans le garage jusqu’à seize heures, pour le plus grand bonheur de nos hôtes, qui pourrons encore nous chouchouter et nous proposer sans cesse de rester une nuit de plus, parce que partir si tard, c'est dommage non ?

Mais on résiste, et nous réussissons à partir après avoir posé pour des dizaines, et des dizaines de photos.




Mais nous voilà pour une nouvelle nuit en sauvage, où nous retrouvons le plaisir de notre train train quotidien. Du thé du soir pendant qu'on monte le campement, des noodles trop cuites et le plaisir d'une grosse couette cadeau de nos amis de Tabriz pour affronter le climat de l'Iran du nord, qui commence à sévèrement piquer les miches!



Et le soleil matinal vous réchauffe doucement, alors que vous songez encore à la chaleur des rencontres de la veille et au paysage à découvrir le jour même.


Jolfa ne sera que l'occasion de prendre le thé avec la moitié des habitants de la ville, ce qu'on apprécie fortement vu les températures. Au seizième thé - explications du voyage -welcome to Jolfa - invitations de la matinée, nous parvenons à quitter la ville en direction du "St Stéfanos Monastery"

Datant du VII° et reconstruit à de nombreuse reprises, les murs du bâtiment principal sont recouverts de myriades de petits détails, dessins et écritures diverses.




La cour intérieure est quant à elle un véritable "havre de paix", dorénavant occupée par les chats.


On s'amusera à constater que l'intégralité du monastère est recouvert de chaume.

Petite escapade au milieu des montagnes, nous décidons de quitter cette virgule dans notre itinéraire pour longer la rivière "Araxe", qui sépare l'Iran de l’Azerbaïdjan.


A peine le temps de se poser près d'une chute d'eau très connue dans les parages, où comme d'habitude on ne paye pas l'entrée, que nous voilà assaillis par des indigènes Ispahanais ! Nougatine d'Ispahan et plat de graines de grenade nous sont apportés alors qu'on n'a même pas encore déballé notre cooking-gaz. On remonte tranquillement le lit de rivière, un tantinet asséché,


Avant de tomber sur les fameuses "falls" qui font le bonheur des familles en période estivale.

Les montagnes du côté Azerbaijanaiisisiieieieieieie -ce pu***n de nom est une damnation à écrire- sont complètement dingues, et offrent un panoramique tranchant de l'autre côté de l'Arax river. Dont on n'a aucune photo, à cause de centaines de panneaux "pas de photos" et des militaires en faction, puisqu'il s'agit purement et simplement d'une frontière naturelle.


Après quelques heures de route dans l'espoir de rejoindre Rasht, on décide de s'enfoncer dans une forêt. Et après quelques franchissements de cuvette et autres fossés en tout genre on s'installe tranquillement autour d'un bon feu. Et au petit matin, on comprend enfin pourquoi la nuit nous a paru si froide...



Et si ces premiers flocons nous on paru amusants sur le coup, sortir de la cuvette dans laquelle nous nous étions enfoncés s’avèrera plus morose. Et c'est la titinne couchée sur une bosse que nous abandonnerons lâchement au fond du trou (littéralement) pour aller chercher de l'aide dans un genre de "routier" aperçu au loin. Et pendant que Fanny se réchauffe auprès du poêle (où il fait pas loin de 50°) je gambade de mon mieux derrière le restaurateur qui court dans la neige et les rochers comme une chèvre de montagne pour atteindre la moto échouée. Un deuxième quidam nous rejoint en moto sur le lieu du crime. Les deux gaillards m'aident à redresser la moto en deux coups de cuillère à pot et me voilà le cul posé à devoir reprendre la même route, sans tomber cette fois. Et miracle ça passe ! Sous le regard amusé du motard qui se joue des conditions avec son petit 125cc. Mais deux cent cinquante kilogrammes d'écart dans la balance, ça nous rend un peu patauds en tout terrain.

Et la seule chose que ce restaurateur trouvera à nous reprocher, après nous avoir offert le déjeuner, le feu et son aide, c'est en nous hurlant dessus "mais pourquoi dormir dans la forêt alors que je vous aurais hébergés ?"
Il faut dire que si déjà le concept du camping est assez étranger aux Iraniens, dormir en tente par temps froid leur paraît tout simplement inconcevable. Il faut dire que dans le genre frileux, ils nous battent haut la main ! Même nous les sudistes.
Et nous allons reprendre la route sous les yeux hébétés du restaurateur et de ses amis. Il nous faudra à peine une petite demi heure avant que le froid ne commence à nous épuiser, aussi quant après plusieurs heures de route nous échouons littéralement dans la petite bourgade de "Khalkhal", on se laissera volontiers guider au chaud dans une boutique de préparation de riz, où le garagiste d'à coté viendra nous amener du thé chaud, encore et encore, et un voisin des nougatines et du sucre cristal. Alors que les badauds se succèdent tour à tour derrière la petite vitrine, l'un d'entre eux nous invite à manger chez lui avec insistance. Harassés par le froid on accepte bien volontiers. Et nous voilà au chaud dans cette extraordinaire famille, qui après le jeux des téléphones feront venir une étudiante en Architecture qui prend des cours d'anglais du soir pour nous aider à traduire, Parisa. Et alors qu'on mange, le prof d'anglais de Parisa débarque au milieu du salon, s'excuse une paire de fois et nous fait comprendre qu'on est attendu.



 Nous voilà entraînés au beau milieu de son cours ! Mise en pratique en direct pour ses étudiants, qui nous questionnent tour à tour avec curiosité. Souvent, ils cherchent à comparer nos situations sur des points précis: milieu professionnel en France ou en Europe, la religion...

Une fois le cours fini, nous visitons le magasin de tapis du père du prof, mais attention, ici les tapis c'est un art. Cousus à la main par de vieilles grand mère éreintées, "ils ont ça dans le sang" nous dit on souvent. Et le moindre magasin se révèle être un spectacle pour les yeux.

Petite visite à la maison, rencontre de la famille, et nous voilà de retour chez nos amis de Khalkhal.

Le lendemain la neige semble s’être estompée sur la ville, super on peut reprendre la route et franchir le col voisin pour atteindre la mer Caspienne !


Ou pas...

 Cette première neige de saison a recouvert le col de trente centimètres et les chasse-neige n'ont pas eu le temps de passer. Et alors que nous sommes en lutte contre les éléments, veillant à ne pas tomber, un premier pick up nous bloque le passage... Pour faire des selfies avec nous. On résiste à l'envie passable de leur rouler sur le pied, et un chasse-neige s'arrête à notre niveau. Le pilote sort et semble vouloir nous expliquer quelque chose. Vraisemblablement l'une des routes est impraticable mais impossible de comprendre laquelle. Alors l'impensable pour nous, bon français, se produit: des policiers arrivent, sans parler l'anglais, ils nous expliquent plus ou moins la route. A peine le temps de faire cinquante mètres qu'ils font demi-tour et décident de nous escorter ! Puis finalement, l'un des deux nous tend un téléphone, et notre interlocuteur parle anglais !

"Route principale bloquée, faites le détour" Et nous voilà partis pour trente cinq kilomètres d'enfer, avec notre demi tonne roulante sur de la neige toute fraîche. Mais malgré les conditions nous réussissons l'étonnant exploit de battre un record de vitesse ! trente cinq kilomètres en quatre heures ! Pas mal non ? Mais pas très motivant.


Bon gré mal gré, nous finissons par percer le brouillard et réussissons à rejoindre Fuman où nous louerons une chambre chez un particulier un peu patibulaire dans l’espoir de rédiger l'article sur la Turquie. (C'est que ça commencé à prendre du retard cette affaire là aussi, m'enfin là pour l'Iran on est en Inde, ça semble devenir la norme côté retard...) Nous voilà requinqués pour rallier la ville atypique de Masuleh, très connue des Iraniens.

Toutefois ne pouvant pas faire la randonnée à cause du brouillard, on ne trouvera pas grand intérêt à cette ville ultra touristique, dont les maisons -certes très âgées- semble avoir simplement anticipé le style "béton carré" de nos chères années 70.


On se rattrapera sur un délicieux repas dans une bicoque atypique du coin.



Les boutiques proposent un peu de tout, notamment de se faire prendre en photo en habit traditionnel, rien de bien intéressant à notre goût.

Mais on peut reprendre la route ! Et à une heure de route, se cache un château, au combien plus intéressant ! Mais en attendant de pouvoir le découvrir, nous demandons à un restaurateur si on peut camper sur son terrain... Et nous voilà donc à dormir sur une table de pique-nique iranienne !
Non sans avoir partagé une soirée auprès du feu avec le médecin en chef du château, le restaurateur, une famille de fermiers et un marchand qui nous offrira des fruits.

Et une table de pique-nique ici c'est ça :


Nous voilà à gravir les interminables marches de Rud-Khan, casques à la main, cuirs sur le dos. Bon neuf cent marches à vrai dire, mais promi ça parait interminable de gravir les marches en pierre polie, trempées, et dangereusement inclinées qui ont subit les années.

Mais même si la montée se veut rude (très rude) la beauté du paysage, et l'atmosphère très particulière dans cette brume ambiante atténuent un peu l'effort. Et alors qu'on atteint quasiment le sommet de cette foutue de bondieu****** de montagne, on tombe sur l'un des fermiers avec qui on a passé notre soirée de la veille ! Et c'est reparti pour du thé chaud, du repos et quelques biscuits. Et enfin l'étonnante construction du Xème s. se dévoile à nous. 


Et le brouillard n'est pas sans rajouter une superbe dimension mystique à la construction en brique millénaire, étalée sur cinq hectares et aux quarante tours encore intactes.


Mais encore une fois, il semble que le plus intéressant à voir en ce jour, ici bas, ce soit... nous et notre drôle d'accoutrement. Les gens font littéralement la queue pour se prendre en selfie avec nous... Après l'effort pour grimper, la fatigue d'une mauvaise nuit on est un peu agacés , mais c'est toujours fait si gentiment, qu'on prend alors son mal en patience et on laisse faire avec le sourire.



Certaines tours sont encore accessibles, l'occasion de se prendre pour un sarrasin quelque instant.



Une fois les hordes de selfiste affrontées, on décide de s'en faire un nous aussi, rien que pour nous !


C'est vrai que c'est chouette les selfies. :)



La partie la plus au nord du château est moins bien conservée. La brume ambiante ronge littéralement les petites briquettes pour notre plus grand bonheur, car cela rajoute encore une touche de charme à l'endroit.



L'ultime fortification recouverte de lierre semble attendre la fin, et subit sa lente agonie sans gémir.




Une fois tout en haut, l'une de nos guides nous rejoint pour réclamer une photo avec nous. Je dis une de nos guides, car nous sommes tombés sur une rencontre internationale de guides débutants, qui souhaitent tous s’entraîner à jouer au bon guide avec nous. Ce qui nous a permis d'apprendre autant d'infos contradictoires que possible. Château récent qui a 300 ou 1000 ans, qui empêchait les ennemis d'arriver par la mer, ou plutôt les envahisseurs d'atteindre la mer par les terres... M'enfin 40 avis pour chaque question ça fini par perturber les sens...



En redescendant sur la partie centrale du château on admire une paire de parents qui on fait le chemin avec les enfants sur le dos, et on attaque tranquillement la descente.

M'enfin ça aurait pu être tranquillement, si on n'avait pas était stoppé tous les dix mètres, un à un par l'intégralité d'un collège en visite, qui tour à tour voulait savoir si Zidane était meilleur que Petit, si on aurait pu gagner la coupe du monde 2004 sans Zizou... Ce genre de chose footballistique que ceux qui nous connaissent savent être notre plus fin apanage de connaissances... Mais on savait quand même que Zidane avait du faire partie de l'équipe de France à un moment ou à un autre. Par contre ici tout le monde en savait plus que nous sur l'équipe de foot français... Et quand les collégiens ont passé leur chemin, une paire de passants nous réclament des photos près des cascades, on s'exécute encore une fois un tantinet agacés, fatigués et avec la brûlante envie de se réfugier sur notre moto.


Enfin on arrive sur le parking ! Où nous attendent une équipe de tournage qui passait par là, et qui souhaite nous interviewer en français sur le château de Rud-khan. C'est donc éreintés, dégoulinants de sueur et casque à la main qu'on s'exécute, en espérant donner une bonne image pour la télé locale. Le hasard nous ayant fait porter nos t-shirts action contre la faim ce jour là.

Nous parviendrons à nous échapper, et à prendre la route de Qazvin, où le climat devrait enfin ce réchauffer !


 Et c'est éreintés après quatre heures de route très intenses sur une highway tout ce qu'il y a de plus inintéressante à faire, que nous échouons dans un champ à la périphérie de Qazvin, en quête d'un spot tranquille où dormir . Mais un berger nous a aperçu au loin, et nous interpelle avec beaucoup de surprise. Par chance on à appris le mot "tente" en Farsi et on parvient à lui faire comprendre notre projet. Il s'écroule de rire et nous force à le suivre sur sa petite moto. Et c'est pas une mince affaire de suivre son rythme démoniaque sur sa pétrolette endiablée au gré des chemins sataniques du bord du canal !  Mais nous parvenons par miracle, plus ou moins entier, jusqu'à une bicoque au milieu d'un champs, où nous passons la première partie de soirée.



 Bherooz nous propose d'échanger nos pétoires,

Puis nous fait sortir un tas de pigeons d'élevage, en blâmant le ciel de devoir les mettre en cage.



Il essaye de nous faire comprendre  qu'il se sent en Iran, comme ces pigeons en cage. Enfermé et les épaules pleine de m***e. Mais son fatalisme n'obscurcit pas longtemps la soirée, le reste de ses frères nous rejoint. On partage une shisha tous ensemble puis ils nous amènent un agneau au beau milieu de la pièce.

 Toutefois vers onze heures, Bherooz décrète qu'il est temps d'aller chez lui (on pense comprendre qu'il s'agit de la maison d'un autre fermier) et nous emmène dans l'immeuble familial à Qazvin. On partage encore un moment intense, où comme toujours une fois passé la barrière de la langue, on finit par se comprendre autrement. Les paroles font place aux émotions et on finit par communiquer avec quelques bribes de farsi, d'anglais, des gestes et un peu de google translate. Voilà qu'on parle de tout, de rien mais surtout de religion. Les iraniens sont extrêmement croyants, et n'ont besoin de personne quand il s'agit de leur foi. Alors leur imposer les règles de conduite sur ce sujet, le dress code vestimentaire en période de deuil de Hossein sous peine de prison dans les villes les plus radicales, le port du voile pour toutes... Ils en ont ras le bol. Et on les comprend.





Le lendemain on se laisse gâter (mais pas pourrir hein non mais, oh faudrait pas pousser mémé dans les orties) pour le déjeuner, avant de partir en direction de la vallée d'Alamut, visiter quelques uns des cinquante châteaux des assassins en ruine de la région.


Et contrairement à ce que la photo ci-dessus semble montrer, on se réjouit d'avoir enfin de nouveau chaud ! Et nous avons même la chance de nous trouver dans un sublime désert, en plein automne. Et si je suis par habitude bien versé dans l'hyperbole et l'exagération (mon père habitant Marseille c'est normal) ici prenez moi à la lettre quand je vous dis que les décors dans lesquels on navigue sont magnifiques à en couper le souffle. Le sable brun recouvre la moindre surface, et les arbres perdent leurs feuilles dans une myriade de couleur ocre.



C'est beau, mais c'est quand même mieux si on met la moto devant non ?


Mais on est venu ici pour voir de vieux châteaux en ruines, et après une incroyable descente dans la vallée de l'Alamut castle au gré des incroyables virages (dont se tire remarquablement bien notre éléphant à deux roues, ou quatre selon les considération depuis Istanbul.)  nous pouvons attaquer le premier château.

Mais c'est quoi leur problème à mettre tous ces foutus châteaux en haut de collines escarpées, accessibles uniquement par des rangées de marches mal taillées et bien trop grandes, petites ou en travers ??? Groumpffff
Cette fois l'effort s'avère nettement moins difficile malgré tout, et surtout, nous sommes seuls au monde ! Un luxe parfois fort appréciable, une petite pause dans notre quotidien bien sollicité de voyageurs motards en Iran.

Et heureusement que l'effort s'avère moindre, car le château lui s’avoue carrément inexistant à quelques pierres près.


Mais on le savait avant de faire cette petite ascension, le vrai but de notre venue réside dans la vue sur la vallée et ses canyons pentus.


Et en la matière, rien à redire, le paysage est bluffant ! Et on a même fini par trouver un petit reliquat de fortifications.


On décide de camper avant que la pluie ne nous empêche définitivement de nous installer, mais finalement l'orage menaçant fini par passer. On s'installe sur un terrain vague, sans rien demander à personne pour être sûrs de pas se faire inviter. Et soudain à onze heures du soir, alors que notre feu commence à s'éteindre, un vieux pépé digne du grabat en fauteuil roulant dans Lucky Luke débarque sur une vieille pétoire dans un bruit infernal. "Raménémaeuvelmatra'in mwza" "Shadorpaeulbien" maison... Venez dormir à la maison qui nous dit. On parvient à refuser l'invitation, tout le campement étant déjà solidement ancré, tarp comprise à cause de la pluie.

Et enfin nous pouvons attaquer le fameux château d'Alamut, fortification majeure la mieux conservée de la région.


Mais même si la forteresse est relativement bien conservée pour un tas de briquettes et de chaume en rénovation perpétuelle, la vue s'avère encore une fois splendide à en perdre les mots.


Mais pour le prix, au moins vous êtes sûrs d'avoir contribué à la restauration vu le taf en cours !


On ne se lasse pas de balayer le paysage, tout en papotant avec un franco-iranien qui revient au pays voir de la famille sur Téhéran.


Le soir finissant par tomber, on décide de sortir de la vallée avant la nuit. Mais nous prenons à peine le temps de faire une pause sur un superbe virage, en regardant une dernière fois l'incroyable désert pour le graver dans nos petites caboches, que nos amis Franco-iraniens nous rattrapent et s’arrêtent à notre hauteur; "vous n'êtes pas en panne au moins ??". A peine le temps de dire qu'on se faisait une petite pause, que les thermos de café, de thé sortent du coffre, les verres chauds tombent dans nos mains et la grand mère nous intime d'ouvrir nos valises d'un ton non négociable. voilà qu'elle y enfourne des kilos de pomma-grenade si délicieuse et divers mets. Le grand père commence à nous inviter doucement, on arrive à esquiver l'invitation en arguant qu'on s’arrête presque instantanément pour camper.
 Le hasard nous amènera à camper dessus d'un champ de tournesol, dont le propriétaire viendra le matin nous prévenir qu'il compte passer avec son tracteur et s'excusera encore et encore pour la gène occasionnée, avant de réfléchir et de décider qu'on devrait impérativement venir prendre le déjeuner chez lui. J'essaye d'imaginer la même chose en France, mais ne voit pas d'issue positive possible au fait de camper sans prévenir chez un fermier, et qu'il vous aperçoive au petit matin en allant labourer son champ... Pas sûr qu'il vous invite systématiquement à prendre le thé.

Après une journée d'hésitation près de Téhéran (devis pour shipper la moto de l'aéroport jusqu'en Inde, visiter ou pas Téhéran...) on décide de tracer plus au sud et de dormir près de Kashan.



Et c'est au beau milieu de ce plateau sablonneux, que j'attrape bien sûr la fameuse gastro iranienne. Celle qui vous fouette l'intestin jusqu’à ce que l'idée même de manger vous répugne au plus haut point. Fiévreux et tremblotant comme une grenouille en cours de SVT qu'on s'amuse à électrifier par ci par là (les plus jeunes ne connaîtront pas ce délice des cours de biologie remplacé par de sommaire et insipide analyse théorique pour le coeur de nos chers chérubins...) je parviens à extraire les grosses fesses de notre chère mémé de ces dunes de terres molles, forçant Fanny à marcher à côté.

Faible et lassis on parvient à trouver un hôtel un peu moins cher qu'un autre à Kashan, et poussés par l'envie pressante d'une douche et l'accès aux toilettes sans avoir à creuser de trou, on accepte de se faire escroquer le temps d'une nuit. Mais la vue depuis la chambre nous révèle l'ambiance à venir pour les jours à suivre, bienvenue dans le sud de l'Iran ! Ambiance garantie dans les rues en torchis, et dans cette ville au multiple "puits à vents" si typique dans cette région.


Un peu rétabli le lendemain, je répare les deux fuites d'essence apparues simultanément sur la moto, qui nécessitent toutes deux la dépose du réservoir et des carburateurs. Et c'est vraiment bien de ne  pas avoir eu à le faire deux fois. Dans notre malheur... Bref en milieu de journée nous prenons la route des villas historiques de Kashan, dévorons sur le chemin  une pizza honteusement trop bien garnie

On traverse le bazar vide vue l'heure, mais bien préparé pour le dernier jours de deuil de Hossein.


Les fameux puits à vent qui redirigent l'air dans de complexe système d'aération à l'intérieur des maisons, des celliers...


Et parfois au gré d'une rue vous tombez sur la plus belle mosquée de votre vie. Comme ça, juste derrière un mur en terre battue. La mosquée de Agha Bozorg vous ouvre les bras, et surtout ne vous en privez pas !


Ce bijoux de l'architecture perse dispose même d'une superbe cour intérieure, autour de laquelle sont répartis les différentes salles de prière.


Nous aurons aussi la chance pouvoir observer notre première porte à double "sonnette" spécifique à la région et à la culture musulmane. Pour pouvoir permettre à la maîtresse de maison de savoir qui toque à l'huis afin de s'habiller en conséquence, les portes disposent de deux battants aux sonorités très différentes ! Long et affiné pour ses messieurs (un pénis quoi) et avec une sonorité plus claquante et de un galbe plus généreux pour ces dames.


Et ne doutez pas de l'efficacité de ces tours à vent, qui en plus d'être un signe de richesse évident d'une certaine époque, s'avère diablement efficace ! Chacune des quatre faces est taillée en biseaux de façon à rediriger le vent vers le bas, dans une gorge principale. Qui à son tour va répartir l'air entre les différentes zones des bâtisses.


On fini par visiter la mosquée tranquillement,



Quand l'un des gardiens nous attrape par le bras, et nous intime de le suivre. Et surprise, nous avons le droit de visiter les cuisines !



Et en ce jour très spécial, la mosquée à décidé de distribuer des repas à des centaines de personnes, et nous voilà donc invités à y participer !



Rendez-vous pris pour neuf heures du soir, on a largement le temps de finir notre visite de la ville.

Et pour ce qui est de l'ambiance, on est servi dans ces ruelles désertiques. Au passage je n'ai pas encore abordé le paysage automobile Iranien, mais par chance je peux le résumer en 4 modèles et 3 de camions.

Saipa saba blanche (voiture iranienne ci dessus)
Saipa pick up bleu
Peugeot 405 "pars" "grs" "gx" par millions
Saipa pick up blanc (les plus vieux)

Et voilà en boucle les même voitures, dans tout le pays, et si c'est épique à voir, c'est un révélateur sans équivoque des conséquences désastreuses des blocus économiques infligés au pays.

Quant aux camionx: un vieux Mercedes rouge 1926, un Mack museau long et quelque rares Volvo N10. Et c'est tout. 


Mais revenons en à nos ruelles de western, prêtes pour le dernier jour de deuil de Hossein. Mais au fait, c'est qui ce Hossein ? Al Hussein Ibn Ali de son petit nom, est l'un des douze imans les plus adulés chez les musulmans Chiites. Mort affamé et assoiffé par les troupes du vizir, il est tout de même le troisième fils de Mahomet ! Alors on "célèbre" par une période de deuil sa mort. Mais attention, il est vraiment respecté par la population. Je vous invite à vous renseigner sur l'Islam, les Chiites, les Sunnites, à découvrir que tous les musulmans ne sont pas des arabes, et surtout pas les iraniens. (Qui sont tatillons à ce sujet.)  et vous souhaite d'en apprendre autant que nous, véritables incultes sur le sujet !

Mais quand on s'enfonce dans le coeur de ville, les banderoles s'effacent, et nous trouvons enfin l'entrée de ces fameuses "historical house" rachetées par la ville et érigées deux cent ans plus tôt. On choisit de prendre un "pass" pour deux des maisons, et le hammam du sultan Amir Ahmad, un peu au hasard à vrai dire, et non sans appréhension vu la guitoune "bienvenue touriste pigeons" qui nous attend au bout du couloir complètement neuf de "l'historic housse of Abbasid". Mais heureusement on a craqué et on est passé outre ! Car si l'entrée se veut si discrète, c'est pour protéger un véritable trésor au coeur de Kashan, perles de l'architecture que se sont offerts de riches commerçants au gré des mariages il y a deux siècles. Et attention, si numérobis s'offrait 4 mois de retard dans le célèbre "mission Cléopâtre" ici il s'agit d'un chantier de vingt cinq ans ! Mais promis, ça valait la peine de perdre un quart de siècle, et une demie vie à l'époque pour voir naître ce chef d'oeuvre Abbasid.


Tout d'abord, on se laisse séduire par les innombrables cours successives, et les chambres ouvertes du palais résidentiel d'été.


Levez la tête, et vous voilà le nez dans de saisissante forme symétrique, quasi obsédante.





Faites quelques pas et vous vous retrouvez au cœur des jardins, pause rafraîchissante,


Et les intérieurs n'ont rien à leur envier !


Jeux de lumière, de porte et d'architecture, on a affaire à de véritables chef d’œuvre recto-verso.


Et attention, ici la beauté n'est pas que superficielle, observez la photo ci dessus. Observez la mieux ! Les fentes au niveaux des vitraux sont des canalisations d'air liées au fameux puits à vent ! Géniallissime jusqu’à l’ingénierie thermique ! Ci-dessous, le puits central se charge de faire circuler de longues canalisations d'eau à travers les habitations d'été pour les rafraîchir, que les puits à vent se charge de déshydrater grâce à des conduits spécifiques pour éviter la moisissure. Les habitations d'été étant enfoncées à moitié dans le sous sol, la température y est constamment maintenu à 24 degrés été comme hiver ! Dans un désert aride où le mercure monte facilement à 45° en saison estivale, l'idée n'est pas des plus ridicule... Une clim naturelle ! Et on vous parle d'écologie moderne ...



La soif de détail est poussé à l'état de vice, et même les cuisines sont savamment dessinées.




Le fameux puits, qui permet d'alimenter en eau tout le "palais" car à ce niveau là, pour 5.000 m² personnellement je n'appelle plus cela une "maison"!



Et si la maison Abassid l'emporte largement sur sa "concurrente" de Tabatabaei en terme d'architecture, par contre cette dernière, bien que construite en "seulement" dix ans, possède une superbe cour, où l'eau est un art omniprésent.



On note toutefois une remarquable alcôve dans "la salle aux cinq portes" de la maison, le nombre de portes étant signe de richesse pour recevoir dans le cadre du "business".




L'un des fameux puits à vent vue de l'intérieur.

Signe de richesse absolu, la maison possède même un pièce à sept portes, intégralement 'vitraillées' !


Après un rapide petit thé à la maison Abassid, on rejoint les fameux "bains du sultan ". Le point d'orgue de la visite, se trouve non pas à l'intérieur, mais sur les toits !


 les cheminées d'aération dessinent vallons et collines. Ce qui n'est pas sans rappeler les toits de la "Casa mala" de Gaudi en Espagne.


Pour autant il ne faut pas négliger l'intérieur ! Où l'on imagine aisément le Sultan avachi sur l'un des tapis, accompagné de sa suite.


Comme toujours dans les constructions perses, le niveau du détail et de finition a de quoi laisser pantois.



On repasse par le bazar de Kashan, cette fois ouvert et bouillonnant de vie avant de tracer en direction de la mosquée où nous sommes attendus pour partager un repas et quelques instants de repos en son sein.


A notre sortie, nous aurons l'excellente surprise de trouver un mot d’encouragement de l'Africa Twin club  Polonais, glissé dans la bagster ! Le genre de chose qu'on adore :D

Après une nuit venteuse au dos d'une déchetterie (ça fait rêver hein ? Ainsi va la vie de voyageur, des fois c'est moins sympa :P) On dépasse le centre d'enrichissement nucléaire Iranien, dont il est plus que fortement conseillé de ne pas prendre en photo, tout en répondant aux nombreux saluts des militaires du haut de leur mirador, où de leur canon anti aériens qui agitent les bras dans tous les sens quand ils nous aperçoivent. A l'occasion d'un plein, on s'économise une lourde randonnée caniculaire en prenant le mausolée ci dessous en photo à distance. Y a des jours de flemme comme ça!


Et à peine le temps de dire ouf ! Que nous voilà cinq cent kilomètres plus loin, au sein de la sublime et raffinée cité d'Ispahan.


On ce retrouve là, à errer au milieu des bassins, entre les calèches qui promènent les touristes tout sourire.


Cette place centrale dessert plusieurs mosquées et un palais parait-il grandiose.



L'entrée du palais est d'ores et déjà quelque chose de sympa en tant que tel, agrémentée de ses piliers en bois.

Comme souvent en Iran, les boutiques se révèlent être de véritables trésors d’orfèvrerie et d'artisanat en tout genre. La moindre babiole est hypnotisante et en appelle à votre portefeuille.











Par chance, on est Fauché et sans place sur la moto, alors on se contentera de visiter la grande mosquée de Samala. Et par grande j’entends qu'elle s'étale tout de même sur 25.000 mètres carrés ! Ce qui en fait l'un des plus importants lieu de l'Islam actuellement.




Comme toujours en territoire Perse, la mosquée est intégralement recouverte de petites mosaïques et de diverses faïences.



Les minarets ont de quoi donner le vertige, mais hélas impossible de les visiter. En contre partie, dans une cour de la mosquée, le gouvernement met à "disposition" un Imam pour répondre à toutes nos questions sur l'Islam et sur nos préjugés, dans un cadre sain et sans conflit. Génial ! ... ...

"Quels sont les fondements majeurs de l'Islam chiite ?"
Imam : "Vos gouvernements vous mentent, vos médias vous manipulent, la télé vous fait croire que le Christianisme c'est bien"
"Mouais, bon parlons de la place des femmes dans votre société ?"
Imam : "80% des violences faites au femmes et des viols se passent en Europe, votre société est dévastée et vous ne le voyez pas car les média vous mentent."

... ... OKAY, donc pas moyen de parler normalement avec çuila. Tant pis, l'idée était bonne...


On poursuit notre visite, en se disant qu'avec autant de place ils pourraient faire de sacrées bar-mitsva ici ! Mais il parait que ce n'est pas exactement l'ambiance dans le coin!




Et si Ispahan regorge encore de nombreux trésors, dont un quartier Arménien plus qu'atypique, on décide de finir notre visite avec l'un des fameux onze ponts de la ville.





Mais il semblerait que ça fasse un sacré moment que l'eau n'a pas coulée sous les ponts... Alors on s'en va ! Et nous prenons la route de Chiraz, dans l'espoir notamment d'admirer, enfin, après des semaines d'attente, notre top un d'impatience des curiosités iraniennes. Point d'orgue culturel d'une civilisation déchue, dont on remonte le cours depuis le début de ce voyage. Mais d'abord, place au campement !



Perché sur un plateau relativement aérien, on se réveille de sacrément bonne humeur !


D'autant qu'a dix minutes de route de là, se trouve l'incroyable cité de ... ... ... Persépolis ! Créée par Darius, agrandie par les 'Xerxes' successifs, rasée par Alexandre le Grand pour se venger de la destruction d’Athènes, à la suite notamment... de la bataille des Thermopyles, dont on a squatté le champs de bataille le temps d'une nuit un mois auparavant.



Et dans le style, pour une fois ça change des ruines grecques ! Massifs, provocants, démesurés parfois plus archaïques, les vestiges sont tous simplement extraordinaires. L'ambiance qui y règne est unique.



On imagine sans peine l’intégralité de la grande porte et ses quinze mètres de haut, dont la structure faites de bois et d'acier a explosée sous l'assaut des flammes démoniaques d'Alexandre le Grand.


Par chance, les vestiges qu’il nous reste à observer, à ce jour, suffisent à prendre conscience de l'ampleur de ce palais royal et de toutes ses annexes, quand Persépolis était le centre d'un empire gigantesque voilà deux mille ans.





On se surprend à éviter le regard glaçant du griffon de marbre, qui semble vous toiser avec férocité.





Et si l'art de la sculpture animalière a ici une place prépondérante, les représentations humaines d'époque ne sont pas en manque non plus. La plupart du temps, elles représentent le peuple devant porter le trône du roi. Le message a le mérite d'être clair.





Dans les restes de la salle aux "cent colonnes", à prendre au pied de la lettre, l'imagination ne parvient qu'a égratigner la splendeur passée de ce palais d'une vingtaine de mètres de haut sur une telle surface au sol.


Chacune des cinq portes présente une foule de dessins à admirer en détail.








Sortis de la grande salle des cent colonnes, on se retrouve à arpenter les escaliers des anciens appartements de ces messieurs Darius et autre 'rois Xerxes'.

Et attention, vous pourriez perdre un temps infini à observer les reliefs saisissants de ces "escaliers".



Certaines de ces sculptures font penser à la Gigantomachie grecque, mais l'animal y tient une place différente. Il est ici un signe de puissance à respecter, et non une chimère à abattre.



Tristement, les multiples "petits vandalismes" du genre ( J'tm trop mon coeur" "Kévin est passé par la en 1998" et autres ont rendu impossible la visite du "palais miroir" de Darius, dont le marbre était si poli, qu'il parait qu'on pouvait observer son reflet comme dans une glace.





On peut malgré tout en faire le tour, et observer les innombrables histoires sculptées à même la roche, sans toutefois réussir à en traduire les écritures... Perso je n'ai pas la licence de traducteur en écritures cunéiformes, et vous ?





Le roi est souvent représenté en relief, ou ses épouses, à même les murs. Ça présente l'avantage de moins s’abîmer qu'un modeste tableau dans le hall d'entrée.








L'image du trône soutenu par le peuple est une vrai récurrente dans la cité, y compris sur les tombes présumées de Xerxès II et III.  Mais que se passerait-il si tout le monde venait à lâcher en même temps ? ... :)

La grimpette jusqu'au tombeau se montre gratifiante, et la vue sur le trajet du retour encore plus !



Nous respirons un grand coup et essayons de prendre conscience de l'ampleur des 80% non découvert de la cité !






Mais on s'est fixé d'atteindre et de finir Chiraz dans la même journée, et pour ce faire on va devoir sportiver sur le rythme !


On emprunte à nouveau la grande porte, non sans emporter quelques clichés supplémentaires.





Mais nous voilà dehors, et après un quart de prise de tête avec le gardien du parking, qui essaye de nous extorquer un bakshish complètement farfelu en nous bloquant le passage, on réussit à rejoindre notre dernier point de chute avant de devoir sortir du pays... Chiraz.


On tombe sans le faire exprès sur le fort de la ville, dont l'une des tours s'enlise depuis quelque années, et on ne résiste pas à la pause pique-nique sur ce parterre paradisiaque.

Fanny quant à elle se fait escorter par un haut gradé de l'armée jusqu'aux plus proches toilettes, et attention au pas si il vous plait!

Coté visite, Chiraz se révèle décevante. Le Shrine (Troisième mausolée le plus important de l'Islam Chiite, n'est visitable que de l’extérieur et on vous colle un "guide agréé d'état" dans les pattes pour s'assurer que vous respectiez les règles, et les autres mosquées ne vaudront clairement pas le prix de leur entrée... Mais cela est peut-être aussi la résultante de la foule de choses extraordinaires qu'on a pu voir ces derniers temps! Aurait-on réussi à blaser notre œil ? Non je crois pas!



De plus, en dehors de la frustration de ne pas voir l'un des plus étonnants intérieurs de mausolée possible, l'extérieur est en fait pas si mal... du tout !



Le travail du bois et des miroirs est d'une finesse absolue, comme d'habitude.



Le genre d'ouverture qu'Arts et Fenêtres ne pose pas !




Et côté déception, voici une mosquée payante, qui rend bien en photos mais pas en vrai ! Alors je vais laisser parler les images :)






A peine prenons nous la route de Bander Abbas, dans l'espoir de rallier un bateau pour les Émirats Arabes Unis d'ici deux jours, que la 40ème voiture à passer en klaxonnant, pouce en l'air pour nous doubler, rajoute en prime un message sur la fenêtre " Where you come from ??" et nous voilà un quart d'heure plus tard à dormir chez de nouveaux hôtes extraordinaires.



Comme d'habitude on a le droit à l'intégralité de la famille, des plus jeunes aux plus vieux !



Et alors qu'on sort de la douche vers onze heures du soir, le père de famille nous amène fièrement dans le hall d'entrée "look, motor !" A bha oui effectivement, je vois !


Au moins titinne aura pas froid cette nuit là ! Nous prenons tôt la route le lendemain, et parvenons à parcourir l'essentiel de la distance qui sépare Chiraz de Bander Abbas, le fameux port du Sud.


Après des heures de route à travers d'immenses déserts parfois plats et insipides, parfois montagneux et saisissants, on se trouve un super spot pour la nuit au milieu des dunes de terres asséchée. La température est proche des 30° et l'humidité écrasante.



Au petit matin, on part sans trop réaliser qu'on vient de passer notre dernière nuit sur cette terre fabuleuse qu'est l'Iran ! Et nous prenons le guidon dans l'espoir de prendre le jour même le ferry de Bander Abbas.


Ce que tristement nous parviendrons à faire le jour même, accompagnés de deux couples allemands qui traversent le monde dans d'énormes camions honteusement trop bien préparés, d'un couple de chinois non anglophone en camping car et de Koene ! Un taré des pays bas qui traverse en vélo le monde jusqu'en Indonésie ! Un mec bien sous tous rapports, mais taré, parce-que pour faire ça à vélo faut être givré non ? Sans moteur brrrrrr.




Mais prendre le ferry se révèle être quelque chose de tout à fait atypique, nécessitant des heures de tampons, de papiers et de diverses petites (ou pas) sommes à payer. Et encore nous ne sommes pas arrivés !

Mais comme l’exercice est un peu compliqué à raconter, et n'aurais pas forcément la place ici, je me fendrai d'un article spécial Shipping (bateaux et avion) d'ici pas longtemps, pour le cas où que cela puisse aider quelqu'un..















Et comme vous le voyez, on est bien arrivé, et en excellente compagnie !



Alors à très bientôt pour la suite de notre petite aventure, où on ne s’ennuie pas tous les jours !

G&F, le 21/11/16
à Mumbai (Inde)